La Fille inconnue
polar froid à la sauce Dardenne
Pour leur septième présence en compétition officielle à Cannes, les frères Dardenne nous livrent un film de genre centré sur le personnage de Jenny, jeune médecin rongée par la culpabilité. Sobre, élégant et comme souvent avec eux, sans surprise.
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Jenny est une jeune médecin généraliste. Une médecin talentueuse. Elle vient d’obtenir une promotion. Elle est passionnée et professionnelle. Sans doute un peu trop. Elle forme, à son cabinet, un stagiaire et tente de le façonner à son image. "Si tu veux être un bon médecin, tu dois être plus fort que tes émotions", lui répète-t-elle, inlassablement. D’émotions, elle n’en a sans doute pas beaucoup. Ou parvient aisément à les dissimuler sous sa carapace de vigueur et de rigidité.
Culpabilité
Un soir, alors que le cabinet a fermé depuis une bonne heure, Jenny entend sonner. Son stagiaire voudrait ouvrir. Elle l’en empêche. "Si ça avait été important, ça aurait sonné une deuxième fois". Le lendemain, elle apprend qu’une jeune fille a été retrouvée assassinée, non loin de là. Une jeune fille sans identité. Une "fille inconnue". Rongée par le remords, elle fera tout pour mettre un nom sur ce corps.
Les frères Dardenne nous livre là un film de genre dont ils sont peu coutumiers, tout en préservant toute la sève de leur cinéma. Car rien n’a vraiment changé. Des images livrées brutes. Celles de ces personnages composites, de cette ville de Seraing en Belgique, anciennement ouvrière. Un film sans fard, sans prétentions esthétiques, à la fois sombre et empli de sobriété.
Responsabilités
Avec en fond, une réflexion sur la culpabilité. Celle de chacun d'entre nous, dans un monde de plus en plus individualiste. Comme si cette intrigue, efficace sans être magnifiquement tissée, n’était là que pour parler d'autre chose. Comme si les cinéastes belges nous mettaient face à nos propres responsabilités.
Le plus important dans cette histoire, ce n’est pas la mort de cette fille que personne ne semble connaître et dont personne ne se soucie vraiment, mais bien la réaction de chacun face à cet événement. On retrouve, par instant, la radicalité d’un "Rosetta", Palme d’or à Cannes en 1999, avec une Émilie Dequenne sublime en femme prête à tout pour continuer à vivre normalement.
Si leur dernière œuvre n’a ni la flamboyance de cette première Palme, ni l’ampleur de leur seconde, "L’enfant", drame sur la précarité et la famille, elle reste une belle proposition de cinéma. Certes parfois répétitive et il faut bien le reconnaître un peu assommante, mais portée par le jeu intense et sans artifice d’une Adèle Haenel, encore une fois remarquable.
Drame de Luc et Jean-Pierre Dardenne - Avec Adèle Haenel, Jérémie Renier et Olivier Gourmet - Durée : 1h53. Sortie le 12 octobre 2016.

Aquarius
Kleber Mendonça Filho exhume les maux du Brésil

Pour son deuxième long métrage, Kleber Mendonça Filho nous propose, à travers le portrait d’une femme à la soixantaine bien sonnée, une critique acerbe de la société brésilienne. Un film porté par la prestation saisissante de son actrice, Sônia Braga.
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Et si, là-bas, rien n’avait changé ? Si les maux d’hier minaient encore la société brésilienne d’aujourd’hui ? Si la patine du temps ne marquait que les corps, les visages et pas grand-chose d’autres ? C’est en tout cas ce que l’on pourrait se dire en sortant de la projection du film de Kleber Mendonça Filho.
Nous sommes en 1981. La nuit est tombée depuis longtemps déjà. Une voiture s’amuse à tourner en rond sur une plage de Recife. À l’intérieur, ses occupants, sont hilares. Parmi eux, il y a Clara. Peau mâte, cheveux ras, sourire large et mélancolie dans le regard. Elle est belle. Rayonnante. Vivante. Elle vient de se remettre d’un cancer du sein et s’apprête à profiter d’une fête organisée pour l’anniversaire d’une grande tante, dans l’appartement familiale.
Réminiscence
C’est dans ce même appartement, empli de vieux vinyles, réminiscence du temps où elle était critique musicale, que nous la retrouvons. Un appartement, faisant face à cette plage de Recife, dans un petit immeuble répondant au nom d’Aquarius, où elle a grandi, où ses enfants aussi ont grandi. Et qu’elle n’est prête à céder pour rien au monde. La caméra se centre sur elle, perpétuellement, à la faveur de longs plans séquences fixes, plus sublimes les uns que les autres.
Clara a vieilli. Le cancer qu’elle a connu meurtrit encore sa poitrine, comme le montre une image fugace, marque que la comédienne a elle aussi connu cette épreuve. Mais elle est restée belle. Le visage relevé et la tête emplie de souvenirs du passé. Car Clara est maintenant un peu seule. Ses grands enfants lui rendent visite, quelque fois. Trop rarement se dit-elle certainement. Quant à l’immeuble, il est désert. Tous ses voisins ont accepté de vendre leur appartement à un riche prometteur immobilier. Pas elle. Droite, fière, elle est bien décidée à ne pas céder face au harcèlement, voir à l’intimidation de ce dernier.
Classe moyenne
Dans "Les Bruits de Recife", sa première réalisation aux faux-airs de documentaire, Kleber Mendonça Filho, ancien journaliste et critique cinéma, nous proposait une radiographie touchante d’un quartier de la classe moyenne de la ville, à travers le regard de plusieurs de ses habitants. C’est à cette même classe moyenne que le cinéaste, qui rappelle souvent "n’avoir aucune expérience de vie dans la favela", s’attaque.
L’occasion d’un nouveau drame social, encore très éloigné des stéréotypes sur le Brésil. Mais cette fois, il le fait à partir de l’unique personnage de Clara, interprété par une Sônia Braga saisissante. La comédienne à la beauté ravageuse du "Dona Flor et ses deux maris" de Bruno Barreto réalisé en 1976, passé à la postérité au Brésil.
Zones d’ombre
40 ans plus tard, elle n’a rien perdu des ses désirs. N’hésitant pas, sur conseil d’une amie, à faire appel à un gigolo. Une femme faisant preuve aussi d’un certain égoïsme, surtout vis-à-vis de tous ses voisins, qui ne peuvent pas toucher l’argent de la vente de leur appartement tant qu’elle garde le sien.
Le portrait de cette femme n’est pas que complaisant. Encore moins celui du Brésil. Pays de la domination d’une certaine partie de la population sur une autre. Pays où la situation sociale dépend encore de la teinte de la peau. Constat implacable que n’hésite pas à rappeler à Clara, le promoteur immobilier, blanc.
On aurait toutefois aimé que le réalisateur souligne un peu plus ses intentions, ses critiques. Dans ce film à la lisière de l’impressionnisme, où les réflexions sont distillées un peu trop rarement et pas assez franchement, trop de zones d’ombre subsistent malheureusement.
Drame de Kleber Mendonça Filho - Avec Sonia Braga, Humberto Carrão et Irandhir Santos. Durée : 2h20. Sortie le 28 septembre 2016.
Critique à retrouver ici !
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Rester vertical
Alain Guiraudie se perd sur un causse de Lozère

Pour son cinquième long métrage, Alain Guiraudie filme les errances d’un scénariste à la dérive. Inutilement trash et bien loin de la flamboyance de son "Inconnu du lac".
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Une petite route de campagne. Sinueuse. Interminable. Sur le bas-côté, assis sur une chaise, un vieil homme, casquette vissée au crâne, distrait son ennui en regardant les rares voitures qui passent. Dans l’une d’elle, Léo, un scénariste en perte de motivation, en perte d’élan, qui semble s’être retrouvé là sans trop savoir comment. Le quadra sort de son véhicule, croise un jeune homme, Yoann. Entre eux, une discussion s’entame. Improbable. "Dites-moi, vous n’avez jamais pensé faire du cinéma ?", lance le premier. "Non", répond l’autre, sibyllin, avant de s’en aller. Une scène d’ouverture étrange, taiseuse, comme la suivante.
Sillon
Nous voilà projeté au beau milieu d’un immense causse. Au loin, des brebis, un chien. Et une femme. Elle s’appelle Marie, est bergère. Léo s’en rapproche. Ils se parlent. Lui confie qu’il est passionné par les loups. Elle le touche. Le ramène chez elle, où elle vit avec son père et ses deux enfants. Puis soudain, en gros plan, son vagin. Et dès ces premiers instants, on se dit qu’Alain Guiraudie a décidé de creuser encore un plus son sillon.
Celui de "L’Inconnu du lac" où le cinéaste nous contait l’été de Franck. Un saisonnier qui se rendait au bord d’un lac pour retrouver des hommes venus comme lui s’abandonner, nus, aux autres et aux rayons du soleil. Des êtres qui passaient de corps en corps, implacablement. Un rituel quotidien. Perpétuel. Pour un film magistral, d’une infinie simplicité et vivement accueilli à Cannes il y a trois ans où il était présenté dans la section Un certain regard. Et des thématiques classiques, les mêmes que l’on retrouve dans ce "Rester vertical", qu’ils parvenaient à sublimer. Le sexe, l’amour, la mort. Mais il faut bien le reconnaître, elles sont cette fois traitées avec beaucoup moins de flamboyance.
Forcé
Léo et Marie vivront ensemble, quelque temps. Marie tombera enceinte. Accouchera. Accouchement auquel le spectateur est contraint d’assister dans sa totalité. Puis Marie s’en ira, quelques instants après avoir tenter de le masturber sans grand succès. Pour garder sa compagne, rester vertical, semble vouloir nous dire Guiraudie avec malice. Et Léo de poursuivre ses pérégrinations, collé à son bébé, jamais bien loin quand il vivra de soudaines expériences homosexuelles.
Si Guiraudie a souvent filmé des hommes avec des hommes, en en faisant des héros ardents et lumineux, c’est sans doute la première fois qu’il le fait avec si peu de crédibilité. Comme si le réalisateur avait trop forcer le trait. Trop souligner son cinéma. En nous imposant des scènes pas toujours très utiles. Pour le choc. En voulant verser dans ce qu’il a toujours fait, en dépit de tout.
Et malheureusement, ça ne prend pas vraiment. La faute peut-être aussi à un acteur, Damien Bonnard, jamais vraiment convaincant. Subsiste malgré tout, une jolie musique de fond. Un film sur la vie. Son cycle imperturbable. Et sur des hommes qui semblent d’abord et avant tout des loups les uns pour les autres.
Drame de Alain Guiraudie - Avec Damien Bonnard, India Hair, Raphaël Thiéry et Christian Bouillette - Durée : 1h40. Sortie le 24 août 2016.
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