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"Toni Erdmann", le pitre au cœur gros comme ça de Maren Ade

  • Critique / Boris Courret
  • 14 août 2016
  • 2 min de lecture

© Komplizen Film / NFP marketing & distribution

Un ovni. Voilà ce que nous a présenté la réalisatrice allemande Maren Ade. Un ovni savoureux et touchant.

La note : 5/5

Un long plan séquence de l’entrée d’une maison, filmé caméra à l’épaule. Deux poubelles, une porte. Hors-champs, on entend un véhicule se garer. Une scène d’ouverture interminable. Et on se dit que ce film de 2h42 sera vraiment long. Très long. Mais dès le plan suivant, on se rend compte qu’on se trompait. Un livreur parvient sur le palier. Sonne. Un vieil homme lui ouvre. "Ce colis doit certainement être pour mon frère, il sort de prison", sourit-il en appelant un Winfried qui s’empresse d’arriver, affublé d’un peignoir informe, d’un bandeau multicolore sur le front, de lunettes improbables et d’un dentier insensé. Le jeune livreur ne sait plus s’il doit s’esclaffer ou s’enfuir. La salle, elle, a fait son choix. Elle est déjà hilare. Ce n’est que le début. "Merci, j’avais hâte de la désamorcer", lance Wilfried, au coursier. Mais qui est cet hurluberlu ? De quel mal peut-il bien souffrir. D’ailleurs, a-t-il vraiment un grain ou se moque-t-il du monde ? Nous opterons pour la deuxième solution. Winfried est un zozo fantasque et loufoque. Mais c’est surtout un papa à qui sa fille manque. Terriblement.

Elle s’appelle Ines, a 37 ans et vit dans un Bucarest froid et dépouillé. Celui des grandes sociétés et du consulting. Un monde qui fait face à un autre et en est séparé par une infime barrière. Celui des bidonvilles de la capitale roumaine. Deux univers qui vivent au même endroit, sans se voir. C’est ici, dans ce milieu presque sordide que la réalisatrice, Maren Ade, a choisi de faire jaillir l’humour original et décalé de son film. Bien aidée par la prestation formidable de son acteur, le facétieux Peter Simonischek, dont le personnage ne tardera pas à rendre visite à sa fifille, au grand dam de cette dernière.

Non-dits

C’est la troisième réalisation de Maren Ade, l’une des cinéastes allemandes les plus prometteuses de sa génération qui présentait à Sundance, il y a 16 ans, son premier film "The Forest fort tress", jamais diffusé en France. Et elle vient de nous balancer un ovni, plein de fantaisie. L’humour de ce film ne repose ni sur la construction d’un scénario, ou d’une quelconque intrique mais bien sur ses personnages. Leurs facéties. Celle de Winfried. Ce clown grotesque se faisant passer pour "Toni Erdmann", fameux homme d'affires s’incrustant incognito aux coktails de ce Bucarest friqué où chacun se ressemble et qui fascinera par sa différence et son originalité les collègues de sa fille.

Une Ines interprétée par une Sandra Huller en exact contraire de son père. En incarnation du chiant, jusqu’à ce qu’une petite phrase de son paternel ne provoque en elle un chambardement. Car derrière l’humour, c’est surtout une réflexion touchante sur les rapports père-fille que nous propose la cinéaste. Sur les non-dits et l’amour qu’on ne s’avoue jamais vraiment. Et 2h42 plus tard, nous voilà déçus de ne pas rester encore un peu avec eux.

Comédie dramatique de Maren Ade - Avec Peter Simonischek, Sandra Hüller, Michael Wittenborn - Durée : 2h42 - Sortie le 17 août 2016.


 
 
 

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